La petite histoire du Brie de Meaux

La petite histoire du Brie de Meaux

Le roi des fromages depuis plus de mille ans

Peu de fromages peuvent se vanter d’avoir traversé plus de douze siècles d’histoire tout en conservant une telle renommée. Le Brie de Meaux n’est pas seulement l’un des plus grands fromages français : il est aussi l’un des plus anciens et des plus célèbres. Des empereurs carolingiens aux tables royales, du Congrès de Vienne aux caves d’affinage contemporaines, son histoire épouse celle de la France.


Un fromage né au cœur de la Brie

Le Brie de Meaux tire son nom de la Brie, vaste région agricole située à l’est de Paris, réputée depuis le Moyen Âge pour ses riches pâturages.

Son origine exacte reste difficile à établir.

La tradition le fait remonter au VIIᵉ siècle, autour des abbayes de Jouarre et de Reuil-en-Brie, où les moines auraient largement contribué à perfectionner sa fabrication. Les archives ne permettent pas d’en apporter une preuve absolue, mais ces établissements religieux ont incontestablement joué un rôle majeur dans le développement de l’agriculture et de l’élevage en Brie. (Confrerie du Brie de Meaux)


Charlemagne tombe sous son charme

L’une des premières anecdotes célèbres concerne Charlemagne.

Vers l’an 774, de retour d’une campagne militaire, l’empereur fait halte dans un prieuré de Brie. On lui sert un fromage à la croûte blanche. D’abord surpris par cette croûte fleurie, il goûte finalement le cœur crémeux du fromage.

La légende raconte qu’il s’exclame :

« Je viens de découvrir l’un des mets les plus délicieux qui soient. »

Séduit, il aurait demandé que plusieurs charrettes de ce fromage soient envoyées chaque année jusqu’à sa résidence d’Aix-la-Chapelle. Cette anecdote, rapportée dans des récits médiévaux, participe largement à la légende du Brie de Meaux. (Confrerie du Brie de Meaux)


Le fromage préféré des rois de France

Au fil des siècles, le Brie devient un habitué des tables royales.

En 1217, Blanche de Navarre fait parvenir près de 200 fromages de Brie au roi Philippe Auguste afin de s’attirer ses bonnes grâces. Ce document est souvent cité comme l’une des premières preuves de la renommée du Brie bien au-delà de sa région d’origine. (Confrerie du Brie de Meaux)

Par la suite, il séduit :

  • Charles d’Orléans ;
  • Henri IV ;
  • Louis XIV ;
  • Louis XV ;
  • Louis XVI.

Le Brie devient progressivement le fromage des grandes tables françaises.


Rabelais, La Fontaine… le Brie inspire les écrivains

La réputation du Brie dépasse rapidement le cadre de la gastronomie.

Au XVIᵉ siècle, François Rabelais évoque déjà le Brie dans Gargantua.

Quelques décennies plus tard, Jean de La Fontaine, enfant de Château-Thierry, en pays briard, contribue lui aussi à la renommée de sa région dans ses écrits.

Le Brie fait désormais partie du patrimoine culturel français autant que de son patrimoine gastronomique.


1815 : le Brie devient « le roi des fromages »

C’est sans doute l’épisode le plus célèbre de son histoire.

En 1815, à l’issue des guerres napoléoniennes, les grandes puissances européennes se réunissent lors du Congrès de Vienne.

Selon une anecdote devenue célèbre, le diplomate français Talleyrand propose de départager les meilleurs fromages européens lors d’un dîner réunissant les représentants des différentes nations.

Après dégustation, le Brie est proclamé :

« Le roi des fromages et le premier des desserts. »

Cette formule est souvent attribuée à Talleyrand, même si les historiens rappellent que l’anecdote provient d’un récit publié plusieurs décennies après les faits et qu’elle relève probablement autant de la tradition que de l’histoire strictement documentée. Elle a néanmoins largement contribué à la légende du Brie de Meaux. (Confrerie du Brie de Meaux)


Un savoir-faire resté fidèle à ses origines

Si les techniques se sont perfectionnées, la fabrication du Brie de Meaux repose toujours sur des gestes traditionnels.

Le cahier des charges de l’AOP impose notamment :

  • un lait de vache cru ;
  • un moulage manuel à la pelle à Brie ;
  • un salage soigné ;
  • un affinage d’au moins quatre semaines.

Ces étapes permettent au fromage de développer sa célèbre croûte fleurie blanche et sa pâte souple, aux arômes de crème, de beurre, de champignons frais et de noisette. (INAO)


L’AOP protège un patrimoine unique

Le Brie de Meaux obtient son Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) en 1980, puis bénéficie automatiquement de la reconnaissance européenne en AOP.

Cette protection garantit :

  • son aire géographique ;
  • son mode de fabrication ;
  • l’utilisation de lait cru ;
  • les techniques traditionnelles de moulage et d’affinage.

Elle contribue à préserver un savoir-faire transmis depuis des siècles. (INAO)


Le regard des maîtres fromagers Androuet

Chez Androuet, le Brie de Meaux occupe une place toute particulière.

Depuis plus de 115 ans, nos maîtres fromagers sélectionnent des producteurs dont les fromages expriment pleinement leur terroir et accompagnent leur affinage jusqu’au moment idéal de dégustation.

Comme aime à le rappeler l’un de nos maîtres fromagers :

« Un grand Brie de Meaux ne se juge pas seulement à sa croûte. Il faut écouter sa pâte, sentir son évolution et attendre le bon moment. C’est l’affinage qui transforme un très bon Brie en un grand Brie. »

À maturité, sa pâte devient souple et fondante, sans jamais être liquide. Son équilibre entre notes lactées, champignonnées, végétales et légèrement fruitées fait toute sa noblesse.


Un ambassadeur du patrimoine français

Aujourd’hui, le Brie de Meaux est présent sur les plus belles tables du monde.

Il demeure l’un des symboles de la gastronomie française et l’un des rares fromages capables de réunir autour de lui plus de mille ans d’histoire, de traditions et de savoir-faire.

Derrière chaque part dégustée se cachent des générations d’éleveurs, de fromagers et d’affineurs qui, depuis le Moyen Âge, perpétuent un patrimoine vivant.


FAQ

Pourquoi le Brie de Meaux est-il appelé le « roi des fromages » ?

Cette appellation provient de la célèbre anecdote du Congrès de Vienne en 1815, où le Brie aurait été désigné comme le meilleur fromage parmi ceux présentés par les diplomates européens. Bien que le récit soit en partie légendaire, il a durablement marqué son histoire. (Reddit)

Le Brie de Meaux est-il le plus ancien des Bries ?

C’est l’un des plus anciens fromages français encore fabriqués. Ses origines remonteraient au haut Moyen Âge, probablement autour des abbayes de la région de Brie.

Pourquoi est-il fabriqué au lait cru ?

Le lait cru permet de préserver toute la richesse aromatique du terroir et constitue une exigence du cahier des charges de l’AOP.

Quelle est la différence entre un Brie de Meaux et un Brie industriel ?

Le Brie de Meaux AOP est obligatoirement fabriqué au lait cru, moulé à la pelle à Brie et affiné selon des méthodes traditionnelles. Ces exigences lui confèrent une complexité aromatique incomparable.

Quand déguster un Brie de Meaux ?

Sa pleine saison s’étend généralement de juillet à mars, même s’il est disponible toute l’année. Un affinage maîtrisé permet d’exprimer pleinement sa texture fondante et ses arômes délicats. (Wikipédia)

L’histoire du Brie de Meaux est l’histoire d’un fromage de grand moule atteignant 35 cm de diamètre et dont le passé est riche. Connu depuis le Moyen Age, apprécié de nombreux rois de France et chanté par maints écrivains, l’histoire du Brie connut son heure de gloire lors du congrès de Vienne en 1815.  A l’occasion d’un banquet réunissant tous les plénipotentiaires, chacun  d’eux se fit servir son fromage préféré. C’est le Brie de Meaux, qui, par la voix de Matternich, chancelier d’Autriche, fut consacré « Prince des fromages ».

On présume que l’histoire du Brie a pris naissance dans l’abbaye de Jouarre, fondée au VIIème siècle. Eginhard, moine à Saint-Gall, rapporte dans sa Vie de Charlemagne que, au retour de sa campagne contre les Lombards, l’empereur en goûta  au prieuré de Reuil-en-Brie. L’ayant trouvé excellent – « Je viens de découvrir l’un des mets les plus délicieux », déclara-t-il -, il demanda à l’abbé de lui faire envoyer plusieurs chargements chaque année dans sa ville d’Aix-la-Chapelle.

Plus tard, l’histoire du Brie passe par Philippe-Auguste qui le jugea également « escuelent » et, durant son règne (1180-1223), en fit distribuer à toute la cour au moment des étrennes. L’histoire du Brie, c’est aussi un compte rendu de la cour de Champagne (à l’époque, la Brie faisait partie de la Champagne) établit qu’en 1217 le receveur des foires de Provins avait, sur ordre de la comtesse Blanche de Navarre, envoyé deux cents « galettes de Brie », payées 12 sols l’unité du roi Philippe. L’histoire du Brie est également chanté par le poète Eustache Deschamps qui fut non seulement un rimeur célèbre, mais aussi un redoutable combattant auprès de Charles V et de Charles VI, pour « bouter l’Anglois hors de France », appréciait beaucoup le fromage de Brie, dont il disait « que c’estoit la seule bonne chose qui provenoit de ce païs ».

L’histoire du Brie continue avec le père de Louis XII, Charles d’Orléans, charmant et délicat auteur de virelais et de ballades de cour, qui avait coutume d’en distribuer, lui aussi, à son entourage. Le portier de son hôtel, Guillaume Ligier, a attesté avoir reçu, le 6 décembre 1407, vingt « dozaines de fromages de païs de Brye demandez par ledit seigneur pour donnez aux estraines prochennes ». Il faut rappeler qu’en ce XVème siècle commençant les baux fermiers comprenaient une clause, qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours, selon laquelle la redevance au bénéfice des propriétaires habitant la capital à titre de « faisance consistait dans « la fourniture de quelques dozaines de fromaigres en cresme, secqs, prets à mettre en cave » ou bien des « froumages de grand moule livrables à la Saint-Martin ».

Durant tout le XVIème siècle, l’histoire du Brie continue et on trouve sous la signature d’Antoine Truquet, peintre, un ouvrage intitulé Les Cent et Sept cris de Paris, où on peut lire :

« Fourmaige de Brye
Fourmaige à la livre !
Fourmaige de Brye
Tant plus haut je crie
Et moins j’en délivre ! »

Henri IV marqua l’histoire du Brie en le découvrant alors qu’il soupait avec la reine au vieux château de Meaux un soir de février 1594. L’anecdote ajoute que par la suite le reine Marguerite passa maître dans l’art de les choisir pour satisfaire son royal époux. Le principal jalon historique que l’on possède au XVIIème siècle est un poème du « bon gros Saint-Amant » (plus précisément Marc-Antoine Girard, seigneur de Saint-Amant,, de l’Académie française), extrait des Goinfres, poème réaliste et gourmand qu’il composa en 1646.

«  Ô Dieu quel manger précieux
Quel goût rare et délicieux !
Qu’au prix de lui ma fantaisie
Incague la sainte ambroisie !
O doux cotignac de Bacchus !
Fromage, que tu vaux d’échus !
Je veux que ta seule mémoire
Me provoque à jamais à boire.
A genoux, enfants débauchés !
Chers confidents de mes péchés,
Sus… qu’à plein gosier on s’écrie :
Béni soit le terroir de Brie ! »


On peut ajouter le fait qu’au soir de la bataille de Rocroi le Grand Condé, qui venait de tailler en pièces l’infanterie espagnole, demanda du brie au repas qu’il prit avant de se reposer.

L’histoire du Brie continue avec Marie Leszcynska qui contribua également à mettre le brie à la mode au XVIIIème siècle, quand elle arrêta avec sa suite à Donnemarie-en-Montois, où l’attendaient les émissaire du roi et où lui furent servis des « gâteaux de fromage » qu’elle trouva si bons que les offices royaux n’en manquèrent plus par la suite.

Plus tard, on connaît l’histoire de la fuite de Louis XVI et son arrêt chez Sausse, l’épicier détaleur de Varennes, où il perdit de précieuses minutes pour satisfaire son insatiable appétit avec du Brie et du vin rouge. 

Mais c’est après la chute de l’Empire que ce fromage eut son heure de célébrité dans l’histoire de France. Il connut son apothéose à Vienne lors du banquet de clôture du Congrès où l’Europe régla le sort de la France vaincue. Le comte de Vielcastel, secrétaire du Congrès pour la France, rapporte dans ses Mémoires que lors d’une conversation avec le prince de Metternich, chancelier d’Autriche, le duc de Talleyrand, ambassadeur de Louis XVII, avait vanté les mérites de la gastronomie française et soutenu qu’aucun fromage ne valait le Brie de Meaux. Blessé dans son amour-propre national et poussé par les diplomates qui assistaient à la scène, Letternich décida qu’à l’occasion du prochain banquet chacun ferait venir son fromage préféré. Au jour prévu, tous les diplomates réunis autour de la table étaient anxieux de voir arriver le dessert. Plus de soixante variétés de fromages étaient réunies, qui furent dégustées avec la plus grande attention. La discussion suivit, et le jury, par la voix même de Metternich proclama le Brie « prince des fromages et premier des desserts ». Ces Bries historiques venaient de la ferme des Baulny, vieille famille meldoise habitant l’été sur les terres de Villeroy.  A la suite de cet épisode, un autre chroniqueur a noté dans le compte rendu de la séance, à laquelle il avait assisté : « C’est  bien le seul prince qu’il ne pourra trahir ! »

Dix ans plus tard, un poète du nom de Verfele – anagramme de Lefevre – chantait le Brie de Meaux sur un ton nettement gastronomique :

« Tu règnes avec le bon vin
Qu’Epernay, ton voisin, nous donne
Sur les gosiers du genre humain.
Tu fais mieux sentir ta saveur,
Il fait mieux sentir son mérite… »


Au début du XXème siècle, il y avait autant de Bries que de fermes briardes. Le département de Seine-et-Marne nourrissait alors plus de 100 000 bovins et produisait des millions de fromages par an. 

Les mêmes statistiques nous apparemment que, chaque samedi, au marché de Meaux, il se vendait pour 100 000 francs de fromages de Meaux sur la base de 60 à 65 francs la douzaine, soit environ 1 600 douzaines, près de 20 000 fromages.

Au lendemain e la Grande Guerre, en 1927, le commerce du Brie était toujours florissant à Meaux et à Coulommiers. Le cheptel comptait encore 51400 vaches laitières, chiffre qui était tombé à 50 000 en 1950 et à peine à la moitié actuellement.